3 questions à Michel Derdevet, président de Confrontations Europe. GRDF
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« Des analyses d’impact devraient avant toute chose guider les décisions de politique énergétique »

Le think tank Confrontations Europe vient de publier une étude originale et riche d'enseignements sur « Les bénéfices de la complémentarité des énergies dans la transition énergétique de l'UE ».

Un système énergétique européen neutre en carbone qui exploite au mieux les équilibres et les complémentarités entre énergies à horizon 2050 (électricité, gaz et carburants verts et bas carbone) offre des avantages significatifs par rapport à un système énergétique plus « électro-centré ».

C'est ce que met en avant l'étude accessible via le lien suivant :

Fin août, Confrontations Europe1 avait organisé un évènement intitulé « Quelle transition juste, soutenable, efficiente et résiliente pour le système énergétique européen ? ».

Michel Derdevet, son président, nous avait alors dressé les principaux enseignements de l'étude. 

En quoi l’étude menée par Confrontations Europe apporte-t-elle un nouvel éclairage aux décideurs européens pour optimiser leur mix énergétique ?

Michel Derdevet : L’étude réalise une comparaison des bénéfices techniques, économiques, sociaux et environnementaux de la mise en œuvre de deux scénari de mix énergétique : l’un qui développe massivement l’électricité, l’autre qui fait appel à toutes les énergies renouvelables, dont les gaz renouvelables. Nous avons aussi privilégié une approche globale et inclusive ; en effet, dans l’ensemble des politiques publiques relatives à l’énergie, l’optimisation du système énergétique, les risques économiques et sociaux, les questions d’emploi et de transition professionnelle, la minimisation des risques opérationnels, la vérification de la résilience du système ou encore les impacts environnementaux des choix opérés ne sont pas ou peu abordés. Notre étude met elle en lumière que le choix d’un mix énergétique a des impacts externes, notamment en matière sociale. Et qu’en conséquence, des analyses d’impact devraient avant toute chose guider les décisions de politique énergétique, afin que la transition demeure choisie, désirable et parvienne à son objectif.

La transition énergétique représente un défi industriel. Avez-vous identifié des risques supplémentaires dans l’un des deux scénarios ?

M.D. : La transition énergétique est effectivement un défi industriel. Le niveau des investissements nécessaires dans le système énergétique pose la question de la capacité opérationnelle de l’Union européenne à réaliser simultanément des projets d’une telle ampleur, qui sont tous extrêmement « capitalistiques ».

La disponibilité d’une main d’œuvre formée dans ces secteurs industriels pourrait aussi être un frein à la nécessaire accélération du déploiement des capacités de production d’énergies renouvelables, mais également au développement des infrastructures et des équipements liés aux usages. Et la capacité à financer cet effort soulève également une interrogation majeure si les risques, notamment opérationnels, ne sont pas réduits dans les hypothèses analysées.

La mise en œuvre d’un scénario de mix équilibré, misant sur l’ensemble des énergies décarbonées, permet selon nous de réduire et diversifier les efforts et d’atténuer ces risques opérationnels.

Quels sont les effets bénéfiques d’un système énergétique qui mise sur la complémentarité des énergies ?

M.D. : La transition énergétique représentera un effort historique d’investissement, de l’ordre de 5 000 milliards d’euros à l’échelle européenne à l’horizon 2050. L’étude menée montre qu’un scénario de mix équilibré permet de diminuer de 15% le besoin d’investissement par rapport à un scénario d’électrification intense. Au-delà de ce bénéfice économique, miser sur la complémentarité des énergies permet de valoriser des infrastructures existantes, déjà financées, et d’optimiser ainsi le coût pour les consommateurs. Mais un scénario centré sur la complémentarité des énergies renforce aussi la création d’emplois permanents avec + 12% d’emplois en équivalent temps plein créés par rapport à un scénario d’électrification massive, en limitant également les transitions professionnelles et en maintenant les emplois locaux sur le long terme. Avec de plus un effet positif indirect sur l’emploi grâce à un surcroît de compétitivité lié à une meilleure maîtrise des coûts de l’énergie pour l’ensemble des consommateurs.

On peut citer enfin des bénéfices environnementaux, comme par exemple ceux relatifs à la mobilisation du foncier : le développement d’un système énergétique centré sur l’électricité, plus intensif en développement de capacités de production électrique, nécessite 50% de surfaces en plus par rapport à un scénario de complémentarité des énergies. En limitant les perturbations induites sur l’environnement local par les modifications du paysage ou sur les logiques d’attribution des terres, on améliore également l’acceptabilité sociétale de la transformation.

Le tournant énergétique européen engagé devra amener l’Europe, d’ici 2050, à la neutralité carbone ; mais le chemin pour y parvenir n’est pas univoque, et la contribution de toutes les productions participant de cet objectif, dont bien sûr le biogaz, doit être encouragée.

 

1Confrontations EU est un think tank européen qui œuvre pour « une Europe humaniste, compétitive et solidaire et l’avènement d’une véritable société civile à l’échelle européenne ». Les travaux de recherche de Confrontations Europe suivent de près l’agenda européen et s’articulent autour de plusieurs grands axes : le financement de l’économie, la finance durable, les transitions énergétique et numérique, les migrations et les enjeux de participation et de démocratie citoyenne et l'avènement d'un nouveau mode de développement respectueux des enjeux sociaux et environnementaux.

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